Rapports du CNSF et de l’ONSSF : la périnatalité de demain doit s’écrire … maintenant !

En mars 2026, deux rapports nationaux sur les évolutions à donner à la santé périnatale française et à la place des sages-femmes ont paru : le rapport “Réorganisation de la périnatalité” du Collège National des Sages-femmes (CNSF) et le rapport “Plan stratégique 2030 de la profession sage-femme” du syndicat ONSSF. Nous assistons de l’intérieur à un tournant, qui soude la profession autour de consensus forts et de recommandations courageuses.

Ces rapports, dont nous vous recommandons la lecture, appellent à renforcer la place des sages-femmes dans le système de santé. Ils font le bilan d’une santé périnatale fragile, marquée par l’augmentation des facteurs de risques compliquant les grossesses dans notre société, la promotion d’une hypermédicalisation systématique des accouchements, la concentration des lieux de naissance … au détriment du soutien à la physiologie, d’une véritable politique de prévention et d’un accompagnement de proximité pour les femmes et les familles.

Alors qu’ un comité de pilotage de travaux ministériels sur la santé périnatale et maternelle française, sous l’égide de la Ministre de la Santé Mme Stéphanie Rist, vient de démarrer, ces deux rapports arrivent à point nommé et réunissent l’ensemble de la profession autour d’une direction commune et de recommandations claires. Ils montrent que la refonte de l’organisation de la périnatalité et le changement de paradigme sont aujourd’hui des nécessités, et tirent la sonnette d’alarme : la périnatalité de demain, c’est aujourd’hui qu’on la construit, et il est crucial d’inverser la vapeur.

Créer des parcours de grossesse à bas risque coordonnés par les sages-femmes

Les deux rapports sont unanimes : les sages-femmes sont des actrices clés pour répondre aux enjeux actuels de la périnatalité française. La reconnaissance pleine et entière des sages-femmes comme une profession médicale est désormais incontournable, que ce soit au niveau hospitalier (notamment avec le statut de praticien hospitalier, qu’il est grand temps de faire advenir), en médecine de ville, ou dans les lieux de naissance alternatifs - et complémentaires - avec la maternité.

Une des mesures phares des deux rapports est de faire une distinction entre les parcours de soin à bas risque, à haut risque et pathologiques, en mettant à jour les recommandations HAS afin de clarifier la définition du bas risque.

Le parcours « à bas risque », à savoir les suivis A et A1, sans complication identifiée (…) inclurait des soins de proximité, assurés principalement par des sages-femmes avec une offre diversifiée de lieux de naissance (maternités, maisons de naissance, à domicile)” (CNSF)

“L’objectif n’est pas de remettre en cause la prise en charge hautement médicalisée des grossesses à risque, mais de sortir d’une logique unique appliquée à l’ensemble des situations. Une approche différenciée, assumée et spécifique des grossesses à bas risque doit être développée. L’autonomie renforcée des sages-femmes et la dissociation des circuits au sein des maternités constituent deux évolutions majeures à généraliser” (ONSSF)

L’accouchement accompagné à domicile (AAD) doit avoir sa place dans l’offre de soin

L’accouchement accompagné à domicile occupe une place reconnue dans les deux rapports, qui encouragent tous deux la mise en place d’un cadre permettant son déploiement. La demande croissante des femmes et des familles à avoir accès à un accompagnement global à la naissance (AGN) et à du “one-to-one” à l’accouchement (une femme, une sage-femme) et la pertinence de cette organisation des soins à la fois qualitative et sécuritaire sont mis en avant.

Concernant l’accouchement accompagné à domicile (AAD), celui-ci suscite un intérêt croissant de la part des femmes, qui sont de plus en plus nombreuses à exprimer le souhait de vivre une naissance dans un cadre intime et plus personnalisé. (…) Il apparaît essentiel de reconnaître la légitimité de ce choix pour certaines femmes et d’engager une réflexion sur son encadrement législatif et déontologique. Une structuration adaptée permettrait à la fois d’assurer une meilleure sécurité des accouchements à domicile et de répondre à une demande sociétale croissante, dans le respect de l’autonomie des femmes et de la diversité des projets de naissance” (CNSF)

Refondre la gestion de la périnatalité en France entraînera le développement des alternatives aux maternités pour les grossesses à bas risque : le rééquilibrage de la politique de périnatalité en France vers les grossesses à bas risque conduira probablement à dissocier les salles de naissances à l’hôpital, à renforcer l’autonomie des sages-femmes et à développer les maisons de naissance et les accouchements à domicile. Ce développement est une forte demande des femmes et est très en retard en France” (ONSSF)


« Un changement de paradigme s’impose. Il s’agit de faire évoluer notre modèle, encore largement curatif, vers un modèle de santé globale, piloté à partir des besoins de santé des populations plutôt que de l’offre de soins, et renforçant la citoyenneté sociale ainsi que la démocratie en santé. Dans ce cadre, la place des sages-femmes doit être très fortement renforcée. Elles occupent en effet une position stratégique dans un modèle fondé sur l’investissement dans le capital humain en santé, l’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé et l’autonomisation (empowerment) des citoyens face à leur santé »
— Plan stratégique 2030 de la profession sage-femme, ONSSF, mars 2026

Extrait du rapport “Réorganisation de la périnatalité”, CNSF, mars 2026

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